logo batiment cfa bourgogne franche-comte

Rencontre avec Lucie, apprentie en menuiserie au CFA de Nièvre.

portrait lucie apprentie menuiserie bâtiment cfa

29 janvier 2020    -    Catégorie : ACCUEIL, Apprentissage, Menuiserie, Nièvre (58)

Étiquettes : , , ,

Lucie, est une apprentie pas comme les autres. Elle a d’abord réalisé plusieurs formations dans différents secteurs d’activité, avant de finalement trouver sa voie dans le bâtiment. Plus précisément, la menuiserie. Elle nous a fait le plaisir de nous accorder un échange pendant lequel nous avons discuté de ses ambitions, sa passion et son expérience.

portrait d'apprentie

Le chantier actuel de Lucie, illuminé par un beau soleil.

 

Bonjour Lucie, tu peux te présenter à ceux qui nous lisent ? 

Bien sûr, j’ai 27 ans et je suis toute nouvelle dans le bâtiment ! J’ai commencé en octobre un CAP sur une année au lieu de deux car je profite d’un cursus en accéléré. Avant cela, j’ai fait pas mal de choses : j’ai été en Italie dans une école supérieure de dessin. De retour en France, j’ai aussi travaillé 1 an à la Préfecture… 

Pièce de bois avec dessins imaginée et réalisée par Lucie.

Comment s’est passé ta reconversion ? Tu as rencontré des freins ? 


Au départ, j’ai fait une demande dans un lycée, mais ma candidature n’a pas été retenue parce que je n’avais aucune expérience dans le bois. Je me suis ensuite dirigée vers le CFA de Nièvre et à partir de là, tout s’est très bien passé ! J’ai pu bénéficier d’un accompagnement total.

Par la suite, le plus dur était de trouver une entreprise qui souhaite m’accueillir. J’ai cherché pendant 2 mois et demi à peu près avant de trouver la perle rare ! Pendant cette période, j’étais à fond (rires) ! J’ai appelé beaucoup d’entreprises et envoyé pas mal de CV… Je suis même tombé sur un patron un jour qui m’a dit “mais pourquoi voulez-vous travailler dans cette branche ? Ce sont des métiers qui n’ont plus d’avenir” ! 

Quelques jours plus tard, j’ai été recruté par une entreprise située à Surmoulin. Depuis, tout se passe très bien ! L’équipe est super gentille, ce sont de vrais artistes à mes yeux et c’est une chance d’être entourée de gens si talentueux ! 

Ta famille t’a soutenue ? 

Complètement, on est de nature ouvert d’esprit. De plus, plusieurs d’entre nous exercent des métiers manuels. 

Père de Lucie (à gauche) à l’atelier

Comment ça se passe dans ton entreprise ? 

C’est une entreprise qui fait de très belles pièces : des volets, des portes, des meubles… Quant à moi, je participe aussi bien à la pose qu’à la conception et j’ai la chance d’avoir une entreprise qui n’hésite pas à me confier des missions. C’est certainement dû à mon âge aussi. De manière générale, je préfère être en atelier mais je vais aussi sur les chantiers. Comme je le disais, c’est vraiment une superbe boîte, donc je suis heureuse. Je travaille avec 7 ou 8 personnes et bien entendu, je suis la seule fille à l’atelier et sur le chantier (rires) ! Mais honnêtement, ça ne change rien et je me sens très bien ici. J’apprends plein de choses. En ce moment, c’est un peu compliqué à cause du froid, mais je me dis que c’est le prix à payer pour faire ce qu’on aime, donc ça ne me dérange pas plus que ça au final.

Tu penses que ton âge est un atout ? 

Oui c’est sûr. J’ai beaucoup de chance d’avoir cet âge, sinon je ne pense pas qu’on me donnerait autant de missions si j’étais plus jeune. Par exemple, j’ai la main sur toutes les machines de l’atelier. Sur place, on me pousse vraiment vers le haut, ça se voit qu’ils veulent me voir réussir et ça fait plaisir. Pour la réalisation de mon BP, j’espère vraiment rester dans la même boîte d’ailleurs. 

Et les cours, c’est tout aussi stimulant pour toi ? 

C’est fatiguant évidemment. Ca pompe beaucoup d’énergie, mais j’ai la chance d’avoir de supers professeurs. Bon après, ça me fait du bien de revoir la promo, je suis avec des apprentis qui sont beaucoup plus jeunes que moi donc c’est assez drôle comme contexte (rires) ! 

C’est ta première année dans ce milieu, physiquement tu tiens le coup ? 

Les premières semaines j’avoue que j’étais super fatiguée.  Le plus dur, ce sont les courbatures et les douleurs musculaires. Après, l’avantage, c’est que j’ai développé des muscles au niveau du dos dont je ne soupçonnais même pas l’existence !

Qu’est-ce qui t’attires dans le métier de menuisier ? 

Pour moi, c’est de l’art ! Aucune machine ne peut remplacer ça. Chaque création est unique. Tu apprends un milliard de choses et c’est surtout un métier qui te rend plus forte ! Personnellement, le fait de créer une pièce de A à Z c’est aussi très satisfaisant. On ressent un fort sentiment d’accomplissement personnel ! Et puis, tu sens bon le bois tout le temps ! 
Le visuel, l’odeur tout est trop cool ! Pour moi, c’est un vrai métier d’artiste. 

Tu as un projet professionnel précis ? 

Oui, j’aimerais beaucoup mixer mes compétences en dessin et en menuiserie pour monter ma boîte. L’idée serait de créer des jouets en bois avec des dessins sur le dessus…

Coffre en bois, imaginé et réalisé par Lucie.

Que dirais-tu aux filles qui veulent se lancer dans le bâtiment ? 

Qu’il faut surtout pas avoir peur ! Il faut se lancer sans crainte car c’est loin d’être le milieu qu’on décrit. Aujourd’hui, les gens sont très ouverts d’esprit, j’ai même entendu que “ça faisait du bien d’avoir une fille sur le chantier”. On a complètement notre place et beaucoup à apporter. Donc lancez-vous ! 

 

Bonus : Avec sa plume affutée, Lucie nous fait le plaisir de nous livrer un texte, qui retrace son rapport à la menuiserie.

« Le bois c’est finalement, en premier lieu, des souvenirs. Le souvenir de l’odeur de mon père, menuisier. De ses mains qui vivaient plus que les autres, qui même abîmées étaient pour moi les plus douces. C’était l’artiste de ma vie et même de trop loin, il le reste encore aujourd’hui.

Je suivi ses lignes avec les miennes, je dessine et j’écris beaucoup, mais le support me manque. La feuille est belle, lisse, blanche et pourtant, j’ai besoin de matière, de chose « non parfaite » quelque chose avec des nœuds, du volume…. Je me suis reculée devant mes 27 ans bien entamé, j’ai regardé tout ça de plus près et j’ai compris qu’il était temps d’arrêter de rêver en fermant les yeux à chaque forêt traversée en ouvrant fort ses naseaux. Mon Antoine de Saint-Exupéry a dit « faite que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve ». Alors voilà, j’ai décidé de toucher du bois en croisant les doigts pour me donner doublement de chance pour cette unique vie.

Je pensai arriver dans un monde de « brut » d’hommes aux gros bras, aux blagues grasses, au calendrier de filles à poil. J’ai observé de loin ces artistes dont j’ai tant d’estime, qui, de leurs paumes touchent ce bois si délicat avec tant d’amour.

Cette matière qui nous a fait survivre et développer, cette matière qui continue de séduire, pour sa polyvalence, sa beauté intrinsèque et sa disponibilité. Alors, je remercie tous ces hommes qui nous donnent envie, pour la vie de respecter cet arbre qui nous fait aimer tous les autres. Merci au saule pleureur de papi et mamie qui m’a fait comprendre à quel point il était important dans ce jardin.

Et l’école? AH L’ÉCOLE!

Je me retrouve de nouveau dans les couloirs de l’école, devant les tables aux graffitis si raffinés, aux ados à l’hygiène irréprochable, aux odeurs plus au visuel du plateau de la cantine. Bref, un vrai épanouissement pour les mirettes et les papilles gustatives. Le monde masculin entre 15 et 20 ans devient pour moi une source de questionnement quotidienne. Une sorte de science inexplicable. Je me retrouve confronté à 300 loups pour 2 brebis.Mon premier bouclier utilisé fut la patience, mon deuxième la tolérance et mon troisième…le coup de boule. Et pourtant j’ai eu des moments où ils m’ont manqués (ouais pour de vrai). Il paraît qu’au final c’est ma team et que jamais je ne pourrai les oublier.« 

Lucie.
  • 38 Avenue Charles de Gaulle
    BP n°50159 - 71400 AUTUN Cedex
  • 03 85 86 00 00
  • batimentcfa.bourgognefranchecomte[arobase]ccca-btp[point]fr